Bien-être animal : un travail à deux niveaux

4 octobre 2021 - Elisa Taurin

Lors du débat spécifique à la filière porcine organisé le 16 septembre sur l’Espace pour demain du Space, les participants ont échangé sur la prise en compte du bien-être animal à l’échelle du socle de base de la production française, mais également sur l’opportunité de segmentation du marché qu’il représente.

De gauche à droite autour de l'animateur du débat : Mickaël Benoit, éleveur administrateur Cooperl, Thierry Marchal, éleveur et président du groupe de travail Porc des Chambres d’Agriculture, Yannick Ramonet, délégué scientifique des Chambres d’Agriculture de Bretagne, Séverine Fontaine, responsable qualité de Carrefour, Gyslain Zuccolo, directeur général de l’association de protection des animaux Welfarm et Stéphane Jamet, directeur business unit activité porc chez Le Gouessant.

« Il faut séparer les démarches de réassurance des consommateurs et les démarches de segmentation. » Voici l’analyse que faisait Yannick Ramonet, délégué scientifique des Chambres d’Agriculture de Bretagne, le jeudi 16 septembre sur l’Espace pour demain du Space, lors du débat spécifique à la filière porcine qui a réuni des professionnels de l’élevage, la Chambre d’Agriculture, Carrefour et Welfarm autour de la question : « Le bien-être animal est-il un outil de segmentation de marché ? ».

« Les consommateurs sont de plus en plus sensibles au bien-être animal » et « Les éleveurs considèrent cet aspect de manière positive », ont respectivement rappelé Gyslain Zuccolo, directeur général de l’association de protection des animaux Welfarm et Yannick Ramonet, actant la volonté d’évoluer dans le même sens au regard de ce sujet. Mais le principal problème demeure : qui paye la facture de l’amélioration des conditions de vie des animaux, au bout du compte ? « Le comportement des consommateurs en face du rayon n’est pas toujours en accord avec leurs attentes. Ils payeront un peu plus pour davantage de bien-être animal, mais pas le double. Nous devrons donc bien définir la pente. Des évolutions et des investissements ont déjà été réalisés. A nous de bien l’expliquer, par un étiquetage clair permettant aux consommateurs de comprendre cette revalorisation du prix », affirme Séverine Fontaine, responsable qualité de Carrefour.

Évoluer demande du temps

Pour Gyslain Zuccolo, « la masse des consommateurs est prête à payer 5 à 10 % plus cher maximum pour plus de bien-être animal. Donc il faut que le modèle de base évolue. Nous devons trouver un niveau standard satisfaisant. Les aides publiques doivent également aider. » Un point qui n’a pas été contredit par le maillon élevage, même si Thierry Marchal, éleveur et président du groupe de travail Porc des Chambres d’Agriculture, a tenu a rappelé que Le Porc Français est déjà le haut de gamme de ce qui est pratiqué à l’échelle mondiale. Par ailleurs, selon lui, « il faut que le coût de production du porc soit en accord avec le consentement à payer des consommateurs. On ne peut pas compter sur les aides publiques, aléatoires, lorsqu’on doit s’engager pour 20 ans dans de lourds investissements ».

Le pas de temps, un élément sur lequel le maillon élevage a lourdement insisté lors de ce débat. « Il est essentiel de nous laisser le temps de réfléchir, de tester, d’analyser les bâtiments qui pourront répondre aux attentes des consommateurs, tout en respectant un équilibre économique. En espérant que d’ici là, les attentes n’aient pas encore changé ! Mais il faut comprendre que pour les éleveurs, il s’agit de prendre des orientations pour les 15 à 20 ans à venir », explique Thierry Marchal. Et Mickaël Benoit, éleveur administrateur Cooperl, d’illustrer : « Chez Cooperl, nous n’avons pas attendu une réglementation pour aller vers l’élevage de mâles entiers. Mais cela ne s’est pas fait du jour au lendemain. Cela a nécessité une période de recherche et développement pour s’adapter et une concertation avec l’aval de la filière. »

Des concepts innovants en réflexion

S’il est des évolutions possibles et nécessaires sur le socle de base de l’élevage porcin aujourd’hui, les différentes parties prenantes du débat semblent convaincues qu’au-delà de cet aspect, le bien-être animal peut être un outil de différenciation et de segmentation du marché. « On ne parle pas ici de concevoir le modèle général de demain, mais de structurer des modèles qui toucheront une part du marché. Il s’agit de proposer un concept autour du bien-être animal, qui permettra de créer de la valeur ajoutée », explique Stéphane Jamet, directeur business unit activité porc chez Le Gouessant. Le projet collectif BP 2022 (voir Porcmag juillet-septembre 2021 p.30), piloté par la Chambre Régionale d’Agriculture de Bretagne (Crab) en partenariat avec l’Ifip, l’Anses, l’UGPVB, le CRP et six organisations de production et qui vise à tester des bâtiments de PS et d’engraissement innovants, prend en compte les deux axes de travail. « Mais on ne peut pas créer un concept innovant seul. Cela nécessite un engagement de la part de la filière toute entière », ajoute Stéphane Jamet. De son côté, Carrefour est intégré dans ce type de démarche au sein du Lit Ouesterel. « Malgré tout, je ne suis toujours pas persuadée qu’une masse suffisante de consommateurs sera prête à payer davantage uniquement pour des aspects de bien-être animal. Je crois que c’est un package bien-être animal / sans antibiotique / non OGM qui aura le plus d’impact auprès de ceux-ci », conclut Séverine Fontaine.

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